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Ola les gens
Me revoilà en ce jour, 3 jours après le 12 octobre, fête nationale espagnole (Ole) dont je voulais causer. Et pour une fois, ce ne sont pas les Maria que l'on fête (cf les trois dernières fêtes)…
Et oui, en ce jour du 12 octobre on pourrait simplement fêter le fait qu 'on ne fête pas les Maria, histoire de souffler un peu.
Figurez vous que l'objet de cette fête, tout autre, m'a laissée dans une certaine perplexité. Je m'en vais donc de ce pas vous en faire part car, comme le bonheur, la perplexité ne vaut que si elle est partagée (#cestbeau).
Genese de cette fête
La fête nationale espagnole se nomme, depuis l'an dernier, « jour de tous « et marque la découverte de l'amerique par Christophe Colomb (12 octobre 1492). Ce marin d'origine italienne a vu pour la première fois ce nouveau territoire, suite à la commande faite par les rois d'Espagne qui avaient financé le voyage, dans le but de découvrir de nouvelles terres et donc, de nouvelles richesses pour leur royaume.
Euh… what the fuck ? (My tailor is rich).
Sachez que la dénomination utilisée pour nommer cette fête connut quelques soubresauts avant d’être, définitivement ou pas (je ne suis pas Mme Irma), arrêtée.
Tel Rome, le "jour de tous" ne s'est pas fait en un jour.
C'est en 1913 que le président de l'Union ibéro-américaine Faustino Rodríguez l'inventa et le nomma « Jour de la race ».
Son but : «unir les Latino-américains et les Espagnols. »
Alors que les seconds aient l'envie de s'unir moi je dis OK, je comprends… Par contre la réciproque me semble tout de même un poil moins évidente, mais bon… Admettons.
En 1931, l'écrivain Ramiro de Maeztu demanda qu'on nomme cette journée « Jour de l'hispanité", idée devenant effective en 1958, en plein régime franquiste.
Puis en 1987, le gouvernement démocratique de Felipe González remplaça le nom de « Jour de l'hispanité » par celui de « Jour de la fête nationale. » eu égard aux conséquences pour le moins négatives du débarquement des conquistadores espagnols sur le continent américain… pour le dire gentiment.
Ainsi donc me suis-je interrogée sur les raisons possibles de célébrer sa « fête nationale » le jour de la «découverte » de l'Amérique….
Non mais imaginez vous, moi qui vit face au Maroc ( à peu près) si un jour, entre la poire et le fromage, je me décidai à prendre le ferry vers Tanger (avec Xavier à qui j'aurais au préalable expliqué que non il ne sera pas capitaine de ce rafiot) et de débarquer, fleur au fusil harpon : tiens salut les gars, ça vous dirait pas de fêter le début de votre colonisation ? (#maisquiestcettefolle?)
La fête nationale d'un pays célèbre son émancipation (de la noblesse chez nous (coupez leur tous la tête)), son indépendance pour ceux qui ont été colonisés, une date symbolique pour la construction du pays (réunification des 2 Allemagnes, anniversaire de la reine en Angleterre)…
Mais alors fêter un événement qui marqua le début de la colonisation…
Les bras m'en tombent, ce qui je dois l'avouer ne sera pas pratique pour finir de taper ce post.
Alors, telle une Sherlock Blondie, je m'en fus à la pêche aux infos (sans Xavier resté sur le ferry pour prendre la place du capitaine (calife à la place du calife) et transformer le truc en chalut).
Version officielle de la casa real
La Casa Real d'Espagne, soit le Buckingam Palace local pour ceux qui préfèrent, justifie sa fête nationale de la sorte (pour les allergiques au pipotron, sautez le paragraphe)(mais bon va falloir vous habituer, les élections arrivent) :
La commémoration de la Fête Nationale a comme finalité de rappeler solennellement des moments de l'histoire collective qui font partie du patrimoine historique, culturel et social commun, assumé comme tel par l'immense majorité des citoyens (ndlr : espagnols). Selon la loi 18/1987, du 7 octobre, qui établit le jour de la Fête Nationale d'Espagne le 12 octobre, [celui-ci] symbolise la date historique qui a vu l'Espagne, sur le point de conclure un processus de construction de l’État à partir de notre pluralité culturelle et politique, et l'intégration des Rois d'Espagne dans une même Monarchie, entamer une période de projection linguistique et culturelle au-delà des frontières européennes.
Voilà voilà… En même temps je vous avais prévenus…
Outre le clair obscur de cette justification, un élément ne manqua pas de me surprendre…
Nulle mention de la colonisation de la part du roi…
Et la paf bingo j'ai compris : le roi d'Espagne n'est pas au courant, si ça se trouve on lui a caché l'affaire.
Bon c'est bizarre car perso je me souviens avoir appris que l'Espagne avait colonisé l’Amérique du sud consécutivement à sa découverte….
Mais what the fuck quelle école a-t-il fréquentée ?
Alors que ceux qu'on appelle les grands, les nantis, les bien nés de ce monde reçoivent la meilleure des éducations dans la crème des écoles, universités… Et que quand il n'y en a pas dans leur pays, ils envoient leurs rejetons en Europe ou aux US (on en connaît)…
Tiens dans mon lycée on avait récupéré un fils d'ambassadeur d'un pays africain qui s’était fait viré de pas mal de lycées parisiens (il venait avec un chauffeur).
Donc voyez si vous êtes un rejeton friqué vous êtes éduqué… et donc vous savez pour la colonisation.
Je décidai d'investiguer davantage (#BlondieHolmes).
Et je fus totalement rassurée lorsque je me rendis compte que, comme moi, les habitants des pays d'amérique du sud étaient au courant de leur colonisation par l'Espagne. Eux aussi l'avaient appris…
Et pour être tout à fait transparente, je me dois de vous dire qu'ils en gardaient une certaine rancœur (#ingratitude).
Bah moi contrairement au roi d'Espagne, je les comprends.
Voyez en maternelle, il y avait ce garçon Romain qui à la récré, tentait de voler mon goûter (en vain car même à 4 ans il n’était pas né celui qui m’empêcherait de manger). Bah je lui en ai toujours gardé rancœur…
Bah oui, « quelques » années plus tard (il y a deux ans quand je suis repassée au bled), je l'ai aperçu dans la rue. Et ben je ne me suis pas déplacée pour lui dire bonjour (#etpafdanstatronche).
Donc voyez, la rancœur je connais. Donc je comprends.
Alors vous allez me dire ; « euh ma grande c'est pas tout à fait pareil quand même »,,,
Ce à quoi je vous rétorquerai avec mon sens inné de la repartie que :
1 – vous n’étiez pas en maternelle avec moi donc vous en savez quoi hein ?
2 – il y a tout de même un point commun entre les deux histoires car les parents de Romain sont espagnols (#etpaf)
3 – même si le degré n'est pas le même (OK, OK), c'est le concept que j'illustre
4 – si les 3 explications précédentes ne vous suffisent pas je vous dirais de vous mêler de vos histoires de maternelles, non mais…
Poursuivons…
Et comment celebre-t-on ce jour en amerique latine?
Le 12 octobre est célébré encore de nos jours dans tous les pays latino-américains.
Non ils ne sont pas atteint du syndrome de Stockolm…. car les latino-américains ne voient pas cette fête du même œil. L’Organisation des Etats Américains (OEA) célèbre l’événement entre orgueil et critiques envers la « Mère Patrie ».
Feu le Jour de la Race a changé de nom dans certains pays
Nicaragua et Venezuela – Día de la Resistencia Indígena (se passe de commentaire)
Argentine depuis 2007 – Día del respeto a la diversidad cultural » (se passe encore de commentaire)
Bolivie depuis 2011 – « El dia de la descolonización » (se passe de commentaire aussi)
Mexique, « El día de la Raza » se perpétue, mais sous un sens lié au métissage des peuples (se passe de commentaire)(mais je sers à quoi moi?)
Chili : Día del Encuentro de Dos Mundos
Arretons nous au Chili, voulez vous bien?
2014 : Madame Flor Calfunao-Paillalef, représentante de la Mission Mapuche (communautés aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l'Argentine) auprès des Nations Unies, avec un mégaphone à la main, est venue manifester au nom de son peuple contre cette célébration qu'elle qualifié de « symbole de l'oppression contre les cultures aborigènes du continent américain ».
« Aujourd'hui quand les pays d'Amérique latine célèbrent le jour de la race nous, les peuples autochtones, n'avons rien à célébrer ». a-t-elle dit avec indignation.
Costa Rica : Les indigènes donnent à cette célébration des noms tels que « le jour où on a perdu notre indépendance », « le jour où la paix est morte », « le jour de l’agonie » (se passe encore et toujours de commentaires).
Certaines villes, respectent encore l’influence Espagnole avec des processions religieuses afin de célébrer la vierge du pilier (apparition de Marie se tenant debout sur un pilier à Saragosse – purée celle là c'est pas la dernière pour se faire remarquer), Jésus ou encore Saint Jacques (je vous explique dans le paragraphe suivant).
La célébration peut aussi prendre la forme d’un carnaval (#mécréants).
Revenons à la mère patrie
A ce stade vous allez me dire que je donne une vision manichéenne du truc…
OK, mais je rajoute et j'en rajoute quand même (car moi aussi je suis reine de ce lieu) : ce jour de célébration donne lieu à un défilé militaire critiqué qui coûte à l’État 800.000 euros (on fait plus rien de nos jours avec cette somme), et dont les protagonistes sont les rois d'Espagne et les institutions politiques.
Apportons maintenant un peu de nuance….
Le citoyen lambda dans une proportion de plus en plus importante ne célèbre pas.
Sur les réseaux sociaux, la polarisation se manifeste par une bataille de hashtag.
Au #eldiadetodos [le jour de tous] des partisans de la célébration s’oppose celui de #nadaquecelebrar [rien à fêter], illustrant bien l'existence de deux Espagne, une progressiste et jeune, et une conservatrice, plus âgée, celle qui vote encore massivement pour celui qui est emblématique de la corruption gangrenant les institutions du pays, le premier ministre et chef du parti populaire Rajoy. Rhaa la la vous avez raison, ma vision est bien manichéenne.
Et j'assume royalement en décernant la palme d'or Piratesdeslagons de la déclaration faux cul 2015, faite en pleine campagne avant les élections législatives, a M. Rajoy :
« Je crois en l'Amérique latine et dans les Latino-américains. Le Jour de l'hispanité (il l'appelle encore hispanité?), les hispaniques d'Europe, unis, soulignons ce que nous sommes et ce que nous devons à ceux d'Amérique. Le moment est venu de les en remercier »
Ça m’énerve quand la réalité est plus drôle brute que si je l'avais passée dans ma moulinette (#frustration).
La fête est aussi parfois assimilée à la célébration de la Virgen del Pilar (la vierge du pilier), patronne de la ville de Saragosse.
Ben ouais, et moi qui croyais que pour une fois on ne fêtait pas les Maria, faut encore qu'elle revienne dans le paysage… Tu la chasses par la porte et paf, elle revient sur son char, car évidemment elle se fait transporter…
Ainsi la fête prend des allures de processions religieuses sans grand rapport avec l’idée de développement de l’Empire Espagnol et de découverte du nouveau monde qu’elle célébrait au départ…Je vous laisse juge du remplacement d'une fête liée à la colonisation par une fête religieuse (vous faites ce que vous voulez les gens).
Sachez aussi que cette journée cristallise certaines des revendications indépendantistes (Basques, Catalans)… Les Catalans les plus extrêmes revendiquent le déboulonnage des statues de Colomb et veulent supprimer cette fête et rendre ce four férié ouvrable (en plus de l'indépendance). C'est ce qu'a fait un maire de la province catalane (faire de ce jour un jour ouvrable et laisser les employés le récupérer un autre jour) et qui se voit aujourd'hui traduit en justice par le gouvernement.
Je vais finir sur une information qui va permettre je l’espère de mettre tout cela en perspective…
En 2015, un navire, le San José, coulé lors d'une bataille avec les anglais en 1708 a été retrouvé au large de la Colombie. Venant du Panama, il transportait une importante quantité de richesses provenant en grande partie du Pérou et destinées à la couronne d'Espagne. La valeur de la cargaison est estimée à plusieurs milliards de dollars.
Ben devinez ce qu'a fait le gouvernement d'Espagne ?
Il a réclamé le trésor…
Quand je vous martèle que la réalité dépasse la fiction…
Ah c'est sur que personne ne niera que le galion battait pavillon espagnol (enfin sauf le roi qui ne semble pas connaître l'histoire mais bon)(mais pourquoi tout le monde sauf au Bresil cause-t-il espagnol en amerique du sud?)…
Quant à son contenu… Bah comment dire sans reprendre la célèbre phrase d'Audiard : les cons ça ose tout et c'est même à ça qu'on les reconnaît.
El Tiempo le dit avec un chouilla plus de forme : «Au-delà du manque de fondement juridique de la revendication espagnol sur le San José, c'est une attitude sans vergogne qui prétendrait que tout ce qui existe en Colombie et en Amérique (latine) appartiendrait à la couronne d'Espagne pour des raisons de liens historiques. La revendication espagnole sur le trésor du San José a été interprétée en amerique du sud comme la manifestation d'un esprit néocolonialiste de la part de l'ancienne puissance occupante qui a, pendant trois siècles, très largement exploité les richesses naturelles de la région, contribuant ainsi à la puissance de la couronne d'Espagne. Si le bateau est bien espagnol, les richesses qu'il transportait venaient du sous-sol sud-américain. »
Bah faut les comprendre, en amerique du sud, sont pas partageurs…Leur égoïsme effronté, digne des plus fervents adeptes du libéralisme économique, leur dictant tout refus de partage don de leurs richesses a obligé les colons à "s'imposer", voyez ? Si on peut plus coloniser tranquille moi je dis mais où va le monde?
Bon les gens, c'est pas tout ca mais je dois filer alors on va conclure.
Avec un adage. « Donné c'est donné et reprendre c'est voler »
Qu'on va adapter à la situation ainsi : « Un vol perdu est perdu, reprendre c'est voler (et à minima passer pour un con) ».
On peut aussi resortir le bon sens paysan et dire "chacun chez soi et les vaches seront bien gardées" tout en gardant en tête qu'aujourd'hui on peut voyager dans le monde sans voler et coloniser. Capito?
Sources :
1 – Les discussions avec Pescatorus, grand fana des émissions politiques espagnoles.
2 – Image d'illustration : http://p7.storage.canalblog.com/70/45/529468/86666366_o.jpg
3 – El Mundo : El 12 de Octubre y la identidad nacional
4 – http://www.costa-rica.fr/fete-dia-raza/
5 – http://francaisamadrid.com/2015/10/que-celebrent-les-espagnols-le-12-octobre-pour-leur-fete-nationale/
6 – http://www.hispasup.com/2012/10/espagne-amerique-latine-jour-de-lhispanite-12-octobre-fete-nationale/
7 – https://fr.globalvoices.org/2015/10/25/191367/
8 – http://www.lefigaro.fr/international/2015/12/14/01003-20151214ARTFIG00029-colombie-revendications-espagnoles-sur-un-galion-coule-en-1708.php
9 – http://www.eluniverso.com/2012/10/12/1/1361/oea-celebra-dia-hispanidad-orgullo-critica.html