Previously on piratesdeslagons…
Un projet de petit périple d'une semaine avec peu ou prou cet itinéraire avait germé dans la cervelle de deux ex-pirates…(à revoir ici).
Ce projet fut mené à bout, et je m'en vais de ce pas l'illustrer en trois temps, comme une valse mais sans la musique car je verse en ce moment dans les danses latines.
Dois je vous rappeler que point à Vienne nous sommes mais à Malaga?
Aujourd'hui nous allons causer de Benidorm, une destination symbolisant dans l'inconscient collectif la Mecque d'un tourisme exercé de facon industrielle, démocratisant les vacances au moyen d'offres de séjour pléthoriques aux tarifs alléchants.
Il était une fois un petit village de pêcheurs…
1930
1950
Nous étions dans les annees 60 (Salut les copains!), les congés payés avaient déjà vu le jour dans quelques pays d'Europe depuis quelques décennies, les transports se développaient et le tourisme semblait une solution alternative viable à une pêche déclinante.
L'objectif était de capter cette clientèle potentielle en rendant accessible le tourisme à une classe moyenne, avec des offres plage/soleil à des prix abordables.
Le tourisme ne serait plus le privilège d'une élite aisée.
En devenant accessible au plus grand nombre, il prendrait de l'embonpoint et se verrait dès lors affublé du petit complément de "de masse".
Genèse et conséquences humaines du projet :
Le projet initial de Benidorm était de construire une "ville jardin"… vite revu et corrigé pour motif économique…
Voici ci apres un extrait de l'article de rives.revues (je cite) :
"Les propriétaires du sol et les promoteurs immobiliers: un lobby face à la politique urbaine"
Pour les propriétaires du sol, le modèle de « ville-jardin » et la hauteur des bâtiments limitaient considérablement l’augmentation de la plus-value de leurs terrains, ce qui provoqua de fortes pressions pour augmenter le nombre d’étages, puis ensuite pour augmenter de manière constante le volume maximal autorisé sur leurs terrains.
Les promoteurs immobiliers ont dû faire face à d’importants obstacles pour rentabiliser leurs opérations : d’une part, il fallait appliquer la Loi du Sol de 1956 qui ne permettait que de faibles densités du bâti en limitant strictement la hauteur des constructions. Par ailleurs, les propriétaires du sol essayaient d’obtenir des prix plus élevés pour leurs biens. C’est pourquoi, dans la décennie des années 1950, la plupart des promoteurs immobiliers ne firent qu’une seule fois une demande de permis de construire pour une nouvelle construction.
Les stratégies qu’ils utilisaient généralement pour mieux rentabiliser leurs opérations étaient, une fois le volume maximal atteint, de construire plus que ne le permettait la loi et d’élargir, par des structures en aluminium précaires, les surfaces des magasins en rez-de-chaussée autour des immeubles, empiétant ainsi sur les espaces publics.
En 1991 Benidorm se caractérise par une base économique quasiment monospécialisée (80% des actifs dans le secteur tertiaire), dont l’activité dominante est le tourisme, suivi par le secteur de la construction.
Le tourisme influence l’ensemble des éléments qui composent la ville et devient la cause fondamentale de la création des espaces urbains différenciés et même de la différenciation des immigrés en fonction du facteur essentiel qui a motivé leur changement de résidence. (…)
La population immigrée peut être classée en deux catégories : ceux qui ont changé de lieu de résidence pour trouver du travail et ceux qui l’ont fait pour des raisons de loisir, de santé ou de bien être. Ceci se traduit dans le paysage urbain : les quartiers sont différenciés selon leur fonction et leurs occupants (quartiers résidentiels ou d’emploi face aux quartiers touristiques) ce qui comporte également des différences dans la densité de construction et de population, dans l’environnement ou encore dans le pouvoir d’achat des résidents.
La plupart des immigrés économiques sont des salariés qui n’ont pas d’emploi fixe, qui travaillent par rotation, qui sont saisonniers. Ils sont mal payés et se trouvent dans une situation d’extrême précarité.
(…) Le problème social le plus pressant est l’accès au logement pour les jeunes qui prennent leur indépendance ou les travailleurs immigrés, car ces logements sont chers et leur prix est en augmentation constante."
De 7 à 77 ans…
Benidorm est une ville clivante : vous l’adorez ou vous la détestez.
Elle a accueilli plus de 250 millions de touristes au cours des 50 dernières années. Imaginez vous, c'est comme si la moitié des européens s'y était déplacée… et 7 visiteurs sur 10 reviennent à Benidorm à la suite d’un premier séjour…
Avides de fêtes endiablées ou retraités y possédant une résidence secondaire… force est de constater que Benidorm sait combler les attentes d'une pyramide des âges complète.
Ces voiturettes sont légion à Benidorm… et ses utilisateurs y côtoient des jeunes enterrant vies de garcons et de jeunes filles
Les marchands du temple…
Temoignage architectural du style "buildings pour application station balneaire"
Des années 50 à nos jours, chaque décennie a proposé son style de building. A benidorm vous pourrez observer ce Darwinisme architectural….
A quelques encablures… dans un autre style…
Si Benidorm a choisi la verticalité, d'autres stations balneaires ont opté pour des développement plus horizontaux….
Des maisons à l'infini, chacune sa piscine, est-ce mieux, pire ou finalement tout pareil que Benidorm?
La question mériterait d'être posée, voire creusée… au moins du point de vue de l'écoresponsabilité des différents programmes immobiliers.
Et la réalité est plus fascinante que la fiction…
Benidorm a decidé de faire de sa verticalité un atout et a postulé à une inscription au patrimoine mondial de l'humanité..
Je l'ai lu à plusieurs reprises et notament dans le courrier international dont sont tirées les infos ci-après.
L’idée vient du sociologue et lauréat du prix national de l’environnement Mario Gaviria qui émet ces considérations sur la station balnéaire (je cite) :
– “la ville la plus écologique de la Méditerranée et un modèle de la culture de l’Etat providence”
– “la construction en hauteur de la ville est particulièrement respectueuse de l’environnement”
– “la ville qui a su créer de l’emploi et construire sans détruire la nature, le tout au bénéfice de ses habitants”.
Côté journaux et élites, le son de cloche diffère (je cite) :
– Une “blague”, “une drôle d’idée en période électorale”, se lamente le site d’information El Confidencial.
– Benidorm a pourtant été “toujours méprisée par les élites et considérée comme un concentré excessif de vulgarité et de mauvais goût”, ajoute le quotidien El Pais
– Une ville particulièrement respectueuse de l’environnement ? Pour les associations écologiques, Benidorm est “un modèle de la mauvaise utilisation des ressources”, où le littoral est envahi par la construction, affirme El Confidencial.
La ville compte déjà six des dix conditions exigées par l’Unesco pour se porter candidat au titre de Patrimoine mondial de l’humanité.
Par curiosité j'ai mis dans le tableau ci-dessous dans une colonne les 10 critères pour une inscription au patrimoine mondial et en face l'argumentaire de Benidorm.
Alors Benidorm au patrimoine mondial, vous y croyez?
Critères | Benidorm |
(I) | |
Représenter un chef-d'œuvre du génie créateur humain | La planification urbaine de la ville a commencé dès 1958 sous la direction de l’urbaniste Pedro Idagor. Au total, 500 architectes y ont travaillé. On pourrait donc considérer que Benidorm représente un « chef-d’œuvre du génie créatif humain ». |
(ii) | |
Témoigner d'un échange d'influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l'architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages | Benidorm a résolument opté pour l’urbanisme vertical et reste fidèle à cette idéologie depuis plus de 50 ans, ce qui témoigne « d’un échange d’influences considérable sur le développement de la planification des villes et de la création de paysages ». |
(iii) | |
Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue | En raison de son aménagement particulier, Benidorm est « unique au monde ». Aucune autre station balnéaire n’est construite de la sorte. Le panorama urbain de Benidorm est donc d’une importance exceptionnelle pour la destination. |
(iv) | |
Offrir un exemple éminent d'un type de construction ou d'ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l'histoire humaine | Passée du statut de petit village de pêcheurs à celui de métropole touristique avec quelques-uns des plus grands gratte-ciel d’Europe, Benidorm illustre bien des « périodes significatives de l’histoire humaine ». |
(v) | |
Etre un exemple éminent d'établissement humain traditionnel, de l'utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d'une culture (ou de cultures), ou de l'interaction humaine avec l'environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l'impact d'une mutation irréversible | "La façon dont le territoire est utilisé pour le logement est très particulière », étant donné que l’implantation verticale le long de la côte assure aux habitants et aux visiteurs de Benidorm une vue directe sur la mer, avec l’imposante Serra Gelada en arrière-plan. |
(vi) | |
Etre directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle (Le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction avec d'autres critères) | |
(vii) | |
Représenter des phénomènes naturels ou des aires d'une beauté naturelle et d'une importance esthétique exceptionnelles | La destination est un « exemple en matière de développement durable », car l’implantation verticale a contribué à diminuer la consommation d’eau et les émissions de CO2, ce qui a permis de conserver de façon optimale l’écosystème naturel. |
(viii) | |
Etre des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l'histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d'éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification | |
(ix) | |
Etre des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l'évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d'animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins | |
(x) | |
Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation. |